Saison Chapitre 13

CHAPITRE 13

Je plonge mon regard dans les beaux yeux noirs de Mil : « Hé ho ! C'est bon, ça va ? chante t-elle.
- Ouais mais putain, quel mal de crâne.
- Oui, c'est normal, c'est la décharge.
- Ouais... Mais putain, c'est pas la joie. », je suis sur une grosse dalle de pierre. La pièce est étrangement fraîche. Autour de nous, trois murs et une paroi transparente : « Putain, mais il se passe quoi ?
- Tu t'es fait attaquer, ils t'ont emmené ici... Nous sommes coincés.
- Quoi ? Mais qui ?
- Deux gsènes, ils...
- Ah mais oui ! Les deux tas de gelée.
- Ils sont bizarres, oui. Ceux sont eux qui m'ont capturé aussi.
- Ouais... Je me doute. », je me relève. Derrière la paroi transparente se trouve un long couloir, quelques sas se laissant deviner. Il me reste encore trois joints, j'en allume un : « Tu sais d'où ils viennent, les deux gars ?
- Non mais ils sont plutôt gentils. », je jauge ma tête douloureuse : « Mouais. ». On ne pourra jamais sortir d'ici. Que vont-ils nous faire ? Et pourquoi m'ont ils attrapé ? Mil est toujours aussi envoûtante, elle porte une robe moulante verte qui l'a fait ressembler à une sorte d'animal venimeux ; il y a là toutes les couleurs et les formes du danger. Soudain, la paroi transparente se fend en deux, disparaissant en partie dans les murs. Les deux gsènes arrivent, une douleur vive m'attaque le devant du crâne. Ils sont vraiment horribles, ils avancent, engluant le sol. Une pellicule protectrice semble empêcher la gelée interne de se répandre. Leur visage est composé d'une myriade de boutons noirs serrés, je pense qu'il s'agit de leurs yeux, ainsi que d'une cavité molle d'où j'ai auparavant entendu sortir leur voix. Ils sont maintenant devant nous : « Bonjour mademoiselle Abb, bonjour monsieur Mocco. Nous sommes désolés pour votre capture brutale mais nous voulions justement éviter que vous vous débattiez.
- Ouais mais merde... Ça fait quand même mal.
- Nous en sommes désolés.
- Ouais... Vous êtes qui ?
- Je suis Khil et voici Fhur. Nous venons vous proposer quelque chose à manger, nous ne savons pas ce que vous mangez, monsieur Mocco.
- Non, nous ne le savons pas ! Votre lavement a mis en avant une forte présence de baie rouge dans votre organisme. Êtes vous un amateur de baies, monsieur Mocco ?
- Quoi ? Euh... Oui mais... Putain, pourquoi on est ici ?
- Il y a une raison mais... Vous l'apprendrez plus tard. », je vois qu'au niveau du sol, Khil rentre un peu dans Fhur, ils ne semblent pas l'avoir remarqué... Peut-être est-ce normal pour eux mais pour moi c'est tout simplement dégueulasse. Voir leur gelée se mélanger comme ça... « Putain. Vous êtes des chieurs – mécaniquement, je mets ma main sur mon arme que je trouve cruellement absente.
- Nous sommes désolés.
- Je veux juste savoir ce qu'il va se passer.
- Nous sommes désolés, nous ne pouvons rien dire.
- Mais... Est-ce que vous allez nous tuer ?
- Monsieur Mocco ! Non, bien sûr que non, vous êtes de bien belles créatures ! Il n'est pas question de vous faire du mal.
- Mais alors... Que recherchez vous ?
- Mettre... De l'ordre – Khil insiste sur ce mot – dans cette affaire, peut-être, il pouffe gentiment.
- Khil ! s'indigne Fhur.
- Oh, désolé ! Mais...
- Oui, Khil, c'était vraiment comique mais...
- Oui, désolé Fhur !
- Ne t'inquiète pas Khil, c'était quand même comique.
- Merci, Fhur !
- Qu'est_ce que vous racontez, bordel ?
- Oh... Nous sommes désolé, il ne faut pas parler de ce genre de chose... Mais vous nous êtes tellement sympathique... Khil n'a pas résisté à ce trait d'humour. Je suis désolé, je parle trop. Pardonne moi, Khil !
- Ce n'est rien Fhur, c'est vrai que ces gens sont très sympathiques... Difficile de leur résister ! les deux se contemplent amicalement.
- Vous aussi vous m'êtes très sympathiques, les gars ! Si, si, ne rigolez pas !
- Oh, monsieur mocco ! Je suis sûr que Kaver va vous adorer !
- Khil ! Quand même ! Fais attention.
- Désolé, Fhur mais...
- Voyons, voyons, les gars, ça va. Y a pas mort d'homme, on ne fait que parler. Qui va m'adorer ?
- Non, non. Je suis désolé, monsieur Mocco. Je parle trop. Déjà, l'Orde... Maintenant Kaver...
- L'Ordre... Vous parlez de ceux qui ont raté les armes sur la seconde planète ? Mil s'est assise, elle ne nous écoute presque pas.
- Monsieur Mocco ! Comment savez-vous ?
- Oh... Ben.
- Monsieur Mocco ! Nous sommes désolés de devoir vous poser cette question mais...
- Oui, nous sommes désolés.
- Vous êtes la personne qui était sur place ?
- Euh... Ben.
- Oh, monsieur Mocco ! Vraiment, quelle coïncidence ! Kaver va trouver ça drôle, j'en suis sûr.
- Attendez, vous êtes de l'Ordre ?
- Oh, monsieur Mocco ! Nous sommes désolés, faites comme si nous n'avions rien dit, je vous en prie.
- Voyons, les gars, ça va, calmez-vous. », j'essaye de souffler ma fumée de pétard vers leur peau flasque. Peut-être que le THC s'infiltrera dans leurs pores... Mil a relevé la tête, cette histoire d'Ordre l'interpelle : « Vous étiez sur la seconde planète ? Est-ce que tout ça est lié à la disparition de Phil ou pas ?, c'est la première fois que j'entends de la tension dans sa voix.
- Oh mademoiselle Abb ! Nous sommes désolés...
- Putain les gars, dîtes nous ce que vous savez ! Bordel de merde, vous êtes chiants ! Putain.
- Oh, Khil, ils semblent vraiment agacés, Kaver ne le voudrait pas... Après tout, ils l'apprendront assez rapidement.
- Oh, Fhur, tu es trop bon. Oui, tu as raison !
- Nous sommes désolés, mademoiselle Abb. Voilà... L'Ordre s'est trompé de transporteur... Nous pensions... Nous sommes désolés... Que le transporteur de Phil était rempli d'armes ! Nous sommes désolés. La politique envers les Valmériens témoins de nos actions est stricte.... Nous sommes désolés ! Comme vous commenciez à vouloir enquêter sur Phil, nous avons dû intervenir pour vous contenir. Vous et le détective que vous aviez engagé, bien sûr ! Heureusement, vous êtes tous deux gsènes... En revanche, nous ne savions pas que ce filou de monsieur Mocco était notre ami de la seconde planète... Sacré monsieur Mocco ! les deux gloussent et Mil a de nouveau la tête baissée.
- Mais... Qu'est ce que c'est que l'Ordre ?
- Ah... Ça, Kaver a insisté pour vous l'expliquer lui-même ! », j'allume mon second joint. La décharge neuronale ne m'a pas laissé indemne, au loin je vois une ombre serpenter d'abris en abris, ces gars m'ont l'air honnête mais cette histoire d'Ordre ne me plaît pas du tout. Je n'ai aucune envie de rencontrer ce Kaver : « Bon ! Mademoiselle Abb, monsieur Mocco ! Nous allons attendre Kaver dans la salle d'à côté, soyez patient, cela ne devrait pas être trop long. », ils s'éloignent et j'entends Khil demandait à Fhur d'éviter de lui marcher dedans. L'Ordre... Une organisation terroriste armée ? Menthe paierait sauvagement pour cette info, à moins que le gouvernement ne soit déjà au jus... Ça expliquerait leur façon de nous envoyer en urgence niquer le deal de ces gars. Je vois les deux gsènes se faufiler par un des sas du couloir. Après une grosse latte tirée, je m'aperçois d'une chose troublante : la paroi transparente ne s'est pas refermée, est-ce un dysfonctionnement ? Peut-être que les deux cons ont tout simplement oublié d'appuyer sur l'interrupteur ? Putain, on s'en fout : « Mil, lève-toi !, j'essaye de ne pas parler trop fort.
- Pourquoi ?, elle pleure de torrides larmes bleues.
- Regarde, ils n'ont pas fermé notre cellule. », Mil semble surprise et finit par me suivre. Nous avançons silencieusement et passons devant le sas que les tas de merde ont empruntés. Le couloir continue avec un angle droit vers la droite. Tout l'endroit est un peu crado, il y a quelques lampes qui pendouillent et toujours ces ombres qui passent d'un recoin à un autre sans que cela puisse appartenir au réel. On repère le sas central de l'endroit un peu plus loin. Rien n'est fermé, après une pression sur l'interrupteur, l'air chaud nous saute à la figure. Le soleil est bas, on voit quelques lumières bleues commencer à briller. Putain ! Je me mets à courir, tenant Mil par la main. Nous sommes sur la première planète, un quartier que je ne connais pas mais qui semble être assez populaire. Après plusieurs rues traversées je calme le jeu. Mil n'a pas l'air essoufflé mais moi, je suis sur le point de vomir, je ne tiens plus sa main, il n'y plus de raison logique pour cela. Je dis à la gsène qu'on doit appeler Paco, qu'il est dans le vaisseau. Elle me dit qu'elle connaît un peu l'endroit et qu'il y a une cabine de vidéo-contact plus loin. Nous repartons calmement et accédons à la cabine, je compose le code de notre vaisseau et après quelques parasites, Paco se retrouve au milieu de l'écran : « Ah, Sal ! J'attendais ton appel ! Je suis désolé pour...
- Hé Paco, laisse tomber. La situation a changé, je suis avec Mil Abb, on a des emmerdes, viens nous chercher.
- Quoi ? Mais... Quoi ?
- Paco, bordel de merde, viens nous chercher ! Je suis avec Mil Abb.
- Mais... Vous êtes où ?
- Sur la première planète, on est... », je demande à Mil l'adresse précise et elle me la donne, en rajoutant : « Il y a un parking sur la G57, c'est le parking HB8.
- Paco, t'as entendu ?
- Oui, j'arrive. », l'écran retrouve ses parasites. Je suis Mil jusqu'au parking, sa robe verte moule parfaitement son cul. Les choses semblent rentrer dans l'ordre et je me permets de griller le troisième joint tout en matant ce que Mil m'offre à voir. Les lumières bleues ont envahit le quartier, le parking, lui, n'est pas très bien éclairé. Quand je vois arriver mon vaisseau sans gros dégât apparent, je pousse un petit soupir de soulagement. L'image de Paco et Jona baisant me revient comme un flash, l'ombre du vaisseau vibre et finit par se calmer quand l'engin s'immobilise au sol. Je me sens un peu fébrile. Le contre-coup de cette décharge me plonge dans une atmosphère encore plus sombre qu'elle l'aurait été avec un kidnapping classique. Je ne me rappelle pas avoir vécu ça lors de la précédente décharge – celle m'ayant accueillie dans le système Valmérien. Je remarque que mes mains tremblent légèrement, j'en profite pour tirer une grosse latte. La sécurité de mon flingue me manque... Combien de temps vais-je attendre le prochain ? Il faut que je le commande, l'entreprise doit avoir gardé les mesures qu'ils avaient prise pour le premier, attendre ensuite qu'ils le reconstruisent et qu'ils me l'envoient. Cet engin était une beauté, il doit actuellement être entre les mains de Khil et Fhur, triste sort pour un objet ayant été calibré selon ma distance pouce-index, mon poids et toutes sortes d'autres caractéristiques très techniques. Le sas principal du vaisseau s'ouvre, j'invite Mil à me suivre. Paco nous attend, dressé comme un pic au milieu du vaisseau, il a un joint au bec : « Sal ! Désolé encore pour...
- Comme je t'ai déjà dit : laisse tomber. On a retrouvé Mil et on a une sale affaire sur le dos.
- Comment ça se fait ? T'as trouvé des pistes dans l'appartement ?
- Disons que ça m'est un peu tombé dessus... », j'explique lentement à Paco mon kidnapping, l'implication de l'Ordre dans toute l'histoire, la mort de Phil et l'évasion : « Merde ! C'est complètement fou ! Mais... On fait quoi ?
- Ben... On va clairement avoir l'Ordre au cul, ça complique pas mal les choses.
- Tu veux pas qu'on aille voir le gouvernement ?, propose Paco.
- C'est encore plus dangereux, annonce la gsène.
- Pourquoi ? Qu'est-ce que t'en penses, Sal ?
- C'est plus dangereux car s'ils sont déjà sur l'affaire et qu'on vient les gêner, il se pourrait que le gouvernement devienne un plus grand ennemi encore que l'Ordre, continue Mil.
- Je demandais à Sal, mademoiselle Mil – le lézard me regarde avec appréhension.
- Ben, elle a raison. Si cette affaire fait partie d'une de leurs opérations classées secrètes et qu'ils pensent qu'on peut les gêner dans le déroulement du truc... Ça risque d'être chaud pour nous.
- Ouais... conclue Paco.
- On pourrait se cacher, propose Mil.
- Je n'ai aucune envie de me retrouver sur la troisième planète, putain.
- Ouais, moi non plus, s'indigne Paco dans un élan de cohésion masculine.
- Alors on les trouve avant qu'ils nous trouvent..., relance Mil.
- Comment ça ?
- On les retrouve, on les piste et dès qu'on a assez d'informations sur leur organisation, on donne tout au gouvernement pour qu'il finisse le travail. Même s'ils étaient déjà sur le coup, ils ne pourront que reconnaître notre implication positive dans le projet. Peut-être même qu'ils nous récompenseront.
- Ouais... J'ai un petit doute pour la récompense... Mais je pense aussi qu'il vaut mieux en apprendre plus sur eux que de s'enterrer dans un endroit et attendre la mort.
- Mort ? Tu en fais un peu beaucoup, Sal ! Merde, c'est pas si dramatique, si ? », au fond du vaisseau, je vois une ombre s'avancer dans la lumière et s'évanouir un peu plus loin, sous le canapé. Je tire une latte et répond à Paco par une grimace.

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