Saison 3 Chapitre 28

CHAPITRE 28

Je me suis installé derrière le clavier et tente de le rendre jouable. Le champignon-hologramme tout à gauche joue une note vraiment très basse et j'essaye de retrouver une octave tous les douze champignons. Ce n'est pas facile, surtout avec un joint au bec. Les champignons se règlent avec une sorte de molette, chacun en a une au-dessus ; en arrivant à la seconde octave, Mil m’interpelle : « Alors, Sal, ça va ?
- Ben ouais. Faut juste que j'arrive à accorder ce truc. Mais je sais pas si je suis parti sur la bonne base... Enfin, ça ira, je pense.
- Oui mais... Tu n'es pas triste de partir ?
- Ben, ça me fait chier pour Paco, c'est sûr. Mais c'est chouette de revenir sur Terre. Je vais pouvoir retrouver tellement de choses dont j'ai même certainement oublié l'existence.
- Ah oui ?
- Ouais... Ben... En matière de bouffe, déjà. Ré-écouter de la musique. Fumer d'autres beuh.... Tellement de choses.
- Oui. Je suis contente que tu le prennes comme ça. C'est très bien !
- Et toi ?
- Je suis très heureuse. Je me comprends mieux depuis notre rencontre avec Kaver. Je comprends mieux ce que je suis censée faire. J'ai longtemps été avec des Valmériens. Je n'arrivais pas à voir les choses de façon objective. J'ai tellement pensé à m'adapter que j'ai oublié que j'étais un être entier, avec une histoire et une finalité.
- Ouais. Je suis pas aussi émerveillé que toi mais... Ouais, vous avez l'air de vous entendre avec Kaver.
- Tu es si naïf, Sal. C'est presque charmant.
- Pourquoi ? J'ai rien dit de mal.
- Tu veux qu'on baise ?
- Hein ? Quoi ? », je lâche le champignon que j'étais en train d'enfoncer. La basse met quelques secondes avant de s'éteindre, nous laissant dans un calme palpitant. Mil s'approche du clavier et répète : « Tu veux baiser ?
- Ben, j'sais pas. Paco...
- Tu veux ou tu ne veux pas ?, elle fait glisser sa combinaison et se retrouve, logiquement, nue.
- Ouais, je veux mais Paco m'a dit que y avait des risques.
- Des risques ?
- Ouais... Il a envoyé une demande aux gars du Guide Des Mélanges et... Ça passe pas.
- Ah... Je peux essayer autrement.
- Comment ça ?
- Kaver m'a montré des choses, je ne suis pas obligée de te toucher.
- Tu veux encore rentrer dans mon crâne ?
- Pas forcément, ce serait mieux pour toi mais je ne suis pas obligée. Je peux juste... Toucher à distance, si tu veux.
- Ouais je préférerai qu'on se limite à ça. », par réflexe je m'approche d'elle pour l'embrasser mais... Est-ce raisonnable ? Mes lèvres ne vont-elles pas fondre ? Mes dents tomber ? Mon visage gonfler jusqu'à l'explosion ? Mil, en bonne pute de télépathe, fait le premier pas et m'embrasse ; elle place mes mains sur ses hanches. Je la pousse sur un immense canapé posé dans le fond. J'enlève rapidement ma combinaison et on finit tous les deux à poil sur le canapé. Je continue à l'embrasser, mes lèvres vont bien, ma langue aussi. Ses mains se baladent partout et ma peau ne semblent pas réagir. On peut donc se tripoter mais pas de pipe, pas de baise, rien n'engageant les sécrétions internes. Fait chier... Je chope ses nibards, qui sont plus durs que je ne le pensais, et malaxe le tout. Quel pied... Tellement longtemps que j'attends ça. Et putain, ce qu'elle est bonne. Mil se met à sourire et je comprends qu'ici, plus que jamais, les barrières sont rompues. En étant si proche, en pleine communion, ne prêtant attention qu'à l'autre : une pensée, qu'elle soit cachée ou formulée, entraînera le même résultat. Pendant quelques instants la situation me gène. Puis je comprends que je suis le seul à pouvoir changer, Mil ne pourra pas arrêter de savoir, alors que de mon côté je peux effacer la distance entre la pensée et la parole. Formuler ce qu'elle sait déjà pour ne plus sentir d'intrusions. Au moins pour ce moment érotique... Après plusieurs échanges de salives, elle me balance dans un coin du canapé et s'installe dans l'autre, jambes écartées, comme avec Kaver. Je commence à sentir ma bite télépathiquement compressée. Tout en opérant ses procédures mentales, je vois sa chatte parcourue de sensuelles vibrations et trempée d'un liquide bleuté, elle a l'air de kiffer. Si nos salives sont compatibles pourquoi est-ce qu'elle ne pourrait pas me sucer ? Ah, oui... Euh : « Si nos salives sont compatibles, pourquoi tu peux pas me sucer ?
- Je ne sais pas, je trouve ça étrange, moi aussi. Peut-être que ma salive avec ta...
- Putain. Je sais pas... Ma salive est mon jus de bite doivent pas être si différents. », difficile d'avoir cette discussion en plein pompage mais j'essaye de préparer un avenir qui pourrait se trouver merveilleux. Ce qu'elle fait en ce moment est splendide mais j'aimerais bien pouvoir la sentir un peu plus proche... « Tu veux prendre le risque, Sal ?
- Je sais pas... », puis l'image de ma bite fondue m'apparaît et j'abandonne. Je sens même la raideur disparaître et le pompage continuer sur un membre flasque : « Merde ! Non, laisse tomber. Je fais confiance aux mecs du GDM. On va se contenter de ça.
- Très bien, je comprends. », mais ma bite refuse de repartir. Et je commence à croire à une malédiction : « Fait chier !
- Ne t'inquiète pas, Sal. ». J'essaye de me branler un peu mais l'image morbide de couilles arrosées au coulis de corps caverneux ne veut plus me quitter. Soudain, je sens une nouveauté. Tout en continuant son pompage, Mil exerce maintenant une seconde pression internement bien choisie. Ma bite se décide enfin à revenir à la charge et la tension dans mon cul continue son chemin. Tout s'accélère et devient exceptionnel. Je suis dans un état fiévreux, mes pensées fusent et je finis par gueuler : « Vas-y, rentre dans mon crâne. Tant pis pour le reste. Fais moi planer. ». Je me retrouve sur Mil, elle a les yeux fermés, les miens sont grands ouverts et observent ma bite encastrée. Puis je commence mes va-et-vient et elle gueule comme jamais. Je la retourne. Chaque mouvement est parfait. On s'inverse, on jouit mais rien n'arrête la folie. Elle passe au-dessus mais jamais l'élan n'est rompu. On se redécouvre chaque minute. L'expérience semble durer un temps infini puis vient la fatigue et le brouillard s'éparpille. J'ouvre les yeux sur mon gros bide ; du sperme mollement éparpillé sur ma cuisse et mon bas-ventre. Ma bite n'est plus en action depuis plusieurs minutes. Le sperme commence même à sécher. Mil n'est plus dans la pièce. J'en ai presque les larmes aux yeux. Pourquoi est-ce que j'ai demandé à cette pute de rentrer dans mon crâne ? Putain qu'est-ce que je suis con... Une bonne branlette télépathique aurait fait l'affaire. J'aurais eu un beau souvenir... Mais là ? Qu'est-ce qu'il me reste ? Putain... Je me sens sale. J’essuie le sperme collé à ma peau contre le canapé et me rhabille. Je roule un gros joint et finit d'accorder le clavier. J'ai maintenant quatre octaves approximatives. Plutôt cool. Il ne me vient à l'esprit qu'une base rythmique blues à la main gauche et deux trois arpèges à la main droite. En vérité, mon esprit est ailleurs : Paco qu'est-ce que t'es en train de branler ? J'aurais certainement dû faire un petit discours ou... Je sais pas. Je suis parti comme une pute. Je l'imagine à côté de la bombe au binolium, bouteille à la main, triste. Putain... Pauvre gars. J'espère que Menthe va gober l'histoire et lui filer un max de fric. Il le mérite bordel... Puis la porte s'ouvre et je vois un des gros tas de merde entrer. Il rampe jusqu'à moi : « Salutation, monsieur Mocco. Je suis ravi de vous voir ici... Vraiment.
- Ah ouais, moi aussi.
- Kaver ne va pas être content s'il sait que je suis venu, je vous en pris, ne lui dîtes rien.
- Il veut pas que tu viennes ?
- Non, on doit vous laisser seul pour l'instant, normalement. Mais...
- Comment tu vas le cacher à Kaver, alors ?
- Il suffit de ne rien lui dire, monsieur Mocco !
- Dire... J'ai pas l'impression qu'il ait besoin qu'on lui dise les choses pour qu'il les sache.
- Ne pensez pas ça. Oui quand ils veulent savoir quelque chose les télépathes trouvent les réponses mais là, croyez-moi, si vous vous taisez, il n'en sera rien.
- Mouais...
- Ne prenez pas Kaver pour une divinité. C'est un être fabuleux mais vous ne devez pas vous sentir moins important que lui.
- Oh mais c'est pas du tout le cas !
- Très bien, alors je peux compter sur vous ?
- Ouais, ouais. T'inquiète pas.
- Bon... Voilà, je... Attendez, vous avez retiré votre sac-combinaison ? », c'est vrai qu'en me rhabillant, j'ai laissé le bidule traîner à côté du canapé. Le gros tas insiste pour que je l'enfile. Il ne veut pas continuer sans que je porte cet « outil de sécurité élémentaire », une fois son souhait réalisé, il continue : « Vous avez remarqué que je ne suis pas avec Khil.
- Ah...
- Il n'a pas eu le temps de nous rejoindre à bord de la navette de secours sur la troisième planète... Le pauvre était resté pour surveiller la sauce en train de réduire. C'est... Affreux.
- Ah... Ouais. Merde.
- L'avez-vous vu pendant que vous étiez là-bas ? Après notre départ ?
- Euh... Je sais pas bien... Enfin, c'est difficile à dire. », je revois la carcasse molle au milieu de cadavres gsènes. Il n'y a pas de doute, le gros tas est mort mais comment... Comment ne pas en faire un drame ? Peut-être lui laisser un espoir : « Il peut très bien s'en être sorti.
- Vous pensez ?
- Bien sûr, il y a toujours une façon de...
- Vous ne comprenez pas..., Fhur se met à sangloter, si Khil est toujours vivant... S'il est prisonnier des Valmériens... Nous ne pourrons pas le faire revenir. Il faut que son image soit disponible pour la matérialiser dans notre dimension...
- Ah mais... Attends... Il...
- Vous ne connaissez pas le principe des images ?
- Non mais c'est pas ça, il...
- Une image se libère quand un être s'éteint. Et nous pouvons la faire revenir ! Mais ce n'est pas aussi facile que ça... L'image doit avoir le temps de s'échapper, elle est matérielle. Même si Khil meurt quand nous ferons exploser l'étoile rouge, son image n'aura pas le temps de s'échapper et il sera perdu à jamais, Fhur sanglotte de plus belle.
- Exploser l'étoile ? T'es pas au courant du nouveau plan, à ce que je vois... Écoute, t'inquiète pas, je l'ai vu. J'ai vu Khil, il était raide mort, je disais ça pour pas te faire chialer.
- Son image est déjà libre alors ?
- Oui.
- Nous pourrons le faire revenir une fois arrivés chez Kaver ! Quelle merveilleuse nouvelle, cher monsieur Mocco ! Merci !
- Ben, ouais, t'inquiète pas.
- Mais qu'entendiez-vous par nouveau plan ?
- Kaver a accepté d'épargner le système Valmérien. », je tire sur mon joint et joue un petit air sur le clavier : « Comment ça ?
- Ben, on a conclu un marché, on laisse le système Valmérien tel quel et...
- Mais ? Comment va t-on rentrer chez nous, alors ?
- Ben avec le vaisseau.
- Non, non. Monsieur Mocco, ce n'est pas possible... C'est l'étoile rouge qui va nous permettre de... », je lis dans son visage la honte puis le remord. Et tout explose dans mon crâne, il essaye de sauver le truc : « Je dois me tromper, je suis un peu... », trop tard j'ai déjà foncé vers la paroi rocheuse et quand ma main se pose et que l'idée se faufile, la porte s'ouvre, derrière moi le tas de merde hurle : « Monsieur Mocco, attendez ! ». Les connards ! « Ouais, ouais, Sal, t'inquiète donc pas pour ces connards de lézards, on les laisse pénards », connards ! « Mais ouais, Sal », connards... Je fonce à travers le couloir, je ne sais même pas où je vais. Est-ce que Kaver est déjà au courant ? Est-ce qu'il sait que je sais ? Est-ce que je suis déjà dans une boucle temporelle ? Je sens défiler sur mon passage toutes les portes invisibles à l’œil. Que faire ? Me cacher ? Enfoncer un couteau dans le bide du légume ? Putain... Je suis piégé. Je vais laisser crever Paco derrière moi... Le légume m'a bien niqué. Comment ne l'ai-je pas vu venir ? Avec ses grands airs... Connard ! Je m'attends à tout moment à entendre sa voix résonner dans ma tête mais rien ne vient. Ma course s'arrête au hasard et je pose ma main sur la roche brillante. Je sens une petite porte à côté et décide de l'ouvrir. L'endroit découvert est minuscule, il n'y a qu'un petit fauteuil au centre, rien d'autre. Je m'y installe rapidement, la porte menant au couloir est toujours ouverte, sans ça, la pièce serait dans le noir le plus total. La lumière s'écrase sur mon dos et je vois mon ombre et celle du fauteuil se dessiner un peu plus loin. Je n'ai aucune solution... Kaver ne va pas tarder à savoir... Et dans le meilleur des cas, je serais mis en zone de protection. Je me réveillerai seul, dans un parc à Toulouse avec une mallette remplie de fric et la mémoire effacée. Ce n'est pas si mal... Mais merde, Paco... Tout d'un coup, la porte se ferme, l'obscurité envahit l'endroit : « Bordel ! ». Ça y est, Kaver doit être dans le coup... Suis-je encore dans cette pièce ? Je sens toujours le fauteuil sous mon cul... Mais ça ne reste qu'une maigre preuve. Puis tout change : des sections du plafond, du sol et des murs se retournent, laissant apparaître différents instruments de navigation – lumineux pour la plus part, ainsi qu'un sympathique pare-brise. J'entends un moteur démarrer et pousser vers l'avant. Un écran est propulsé devant mon pif, suspendu par un ressort, le visage d'une femme lézarde polygonée à l'intérieur : « Bienvenue à bord de la navette de secours. Nos équipes vont s'occuper de vous, merci de patienter. ».

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