Saison 3 Chapitre 25

CHAPITRE 25

Nous sommes installés dans un coin et voyons quelques cadavres peu à peu entassés au fond de la salle. Je reconnais Parh, le gsène-ours, avec des poils roussis en plusieurs endroits, à côté de lui un fouillis de polygones multicolores de la taille d'une petite voiture et un des gros tas de merde, certainement Fhur, ayant étrangement gardé sa consistance. Il y en a quelques autres mais difficile de les décrire à cette distance. Mil est complètement détruite par ce spectacle, quelques bandantes larmes bleues coulant le long de ses joues. Un des lézards finit par nous aborder : « L'endroit est sécurisé, nous allons rester ici pour étudier l'installation, on vous attend à l'extérieur. Dépêchez-vous. ». J'aide Mil à se lever et on rejoint l'entrée principale escortés par deux Valmériens. M'attendant à voir Menthe devant nous, je ne peux que pousser un petit cris de surprise en voyant mon beau vaisseau se dresser fièrement à une trentaine de mètres. Toute la partie arrière a été changé, il faudra que je repasse une couche de rouge mais l'animal est là ! Les moteurs allumés, prêt à prendre son envol. Je laisse Mil se démerder et cours ouvrir le sas d'entrée, Paco est en pleine conversation avec le visiophone : « …c'est impossible, je te dis ! Il... », le lézard-robot s'arrête, se retourne et me dévisage : « Sal ! Bordel, comment ça va ?
- Ça va.
- Où est Mil ?
- Elle arrive. Putain t'as réparé le vaisseau ?
- Non, non. Quelques Valmériens sont arrivés avec de quoi sauver l'engin et ils ont fait tout le boulot. J'ai fumé un paquet de joints et ils ont grave bossé. Pas mal, hein ?
- Ouais, c'est cool.
- Pardon de vous déranger, messieurs, mais la situation est grave, le visage de Menthe dans le visiophone se met à trembler.
- Menthe... Alors, c'est quoi ce bordel ?
- Monsieur Mocco... Avez-vous des informations sur l'Ordre qui pourraient nous être utiles ?
- Vous avez l'air d'en savoir plus que moi, Mil arrive enfin dans la salle des commandes et sans prêter attention à notre conversation, elle rejoint le reste du vaisseau, certainement une chambre.
- Elle a l'air fatiguée, Mil, s'attriste Paco.
- Ouais, c'était...
- Messieurs ! On parle de tout le système Valmérien, c'est un danger global, total, avec lequel nous devons traiter. Soyez attentifs !
- Qu'est-ce que vous voulez savoir, Menthe ?
- Où sont-ils allés ?
- Qui ?
- Ne jouez pas à l'abrutit, Mocco. Le reste de l'Ordre, où sont-ils ?
- Je n'en sais absolument rien.
- Et Mademoiselle Abb ? Aurait-elle des informations ?
- Pas plus que moi, soyez-en certaine.
- Écoutez, Mocco. Je vais vous le rappeler mais nous sommes face à une crise totale. Ce qui veut dire que toute information, toute aide, sera récompensée directement d'en-haut – elle lève l'index vers le ciel à plusieurs reprises. Tous vos rêves... Que diriez-vous d'une île privée ? Que diriez-vous d'une compagne humaine ? Que diriez-vous face à l'infinité de moyens que nous pouvons mettre en place pour vous ? Nous sommes en crise globale, Mocco. L'Ordre est peut-être sur le point d'anéantir tout ce que vous connaissez, ces gens ne sont pas vos amis, ils n'ont aucune peine à tuer, même ceux qu'ils prétendent aider. Savez-vous ce qu'ils font aux gsènes qui souhaitent sortir des rangs de la secte ? Nous en avons retrouver certains, ce n'était pas le plus beau spectacle qu'on puisse offrir à des gens pourvus de sentiments. Car pour être l'auteur de telles choses, il ne faut en avoir aucun – de sentiments. Est-ce que vous comprenez, Mocco ?
- Une compagne humaine ?
- Oui, c'est possible. Enfin, c'est surtout qu'après ça, vous aurez la possibilité de vous l'offrir.
- Oui, Menthe... Mais vraiment, je n'ai aucune idée.
- Très bien Mocco, alors cherchez ! Aidez-nous !
- Je vais faire au mieux. », l'écran s'éteint et Paco me regarde joint au bec, les yeux attendris : « Alors, Sal ? C'est quoi tout ce merdier ?
- Bordel... J'en sais rien, fais nous dégager de là. Et file-moi ça. », je lui prends le joint et lui dis que je vais parler à Mil. Il ne proteste qu'à moitié et je me retrouve rapidement dans la chambre de Paco où Mil est assise sur le lit. Elle m'invite à la rejoindre et commence : « Sal, j'ai beaucoup parlé à Kaver et j'ai appris beaucoup de choses. Nous devons le rejoindre ! Je peux vous guider.
- On a le gouvernement au cul – j'aurais pu garder l'information pour moi mais les yeux de la gsène sont en action et la bave est déjà aux coins de mes lèvres.
- Oui, le vaisseau est rempli de traceurs. Je peux cacher notre position pendant le voyage, Kaver m'a montré des choses.
- Ah... Tu fais partie de la grande famille des emmerdeurs télépathes maintenant ? Les grands illusionnistes !, je mime un feu d'artifice cérébral.
- J'en ai toujours fait partie, il m'a juste montré des...
- Ouais, ouais. Qu'est-ce qu'il veut faire à la fin ? Menthe avait l'air terrifié.
- Les Valmériens sont terrifiés parce que Kaver a mis fin à leur toute puissance. Il veut partir d'ici et ne laisser derrière lui qu'un champs de ruines.
- Comment ça ?
- Il a réussi à construire un appareil pour rentrer sur sa planète.
- Quoi ?
- Un vaisseau assez puissant pour rejoindre son système solaire, de là-bas il pourra renvoyer chacun de nous. Nous allons retrouver nos planètes, Sal !
- Tu veux retourner chez toi ?
- Peu importe mon choix, c'est une chance extraordinaire pour toi.
- Tu vas rester avec Kaver ?
- Ça a de l'importance pour toi ?
- Bof... Enfin...
- Oui, je compte rester avec Kaver. Tu ne veux pas rejoindre ta planète ?
- Si, j'imagine. Mais c'est quoi cette histoire de champs de ruines ?
- Kaver veut détruire cet endroit, il pense que s'il fait exploser le soleil rouge, il parviendra à fermer le réseau traversant. Ça fermerait toutes les portes y menant et sauverait beaucoup d'êtres.
- Ça détruirait aussi les Valmériens.
- Oui et ça te gène tant que ça ?
- Je sais pas.
- Et Paco dans tout ça ?
- Il devra rester ici, Kaver le considère comme un Valmérien. Et c'est d'ailleurs ce qu'il est.
- Ça ne t'a pas empêché de salement baiser avec.
- Sal... Tu es trop primitif.
- C'est le pompon...
- Pense juste à ton retour sur Terre.
- Ouais mais je ne laisserai pas Paco crever ici.
- On peut en parler avec Kaver... Il comprendra ta peine, j'en suis certaine. Mais jamais Paco ne pourra venir avec nous.
- Ben, demande-lui avec tes nouveaux super pouvoirs. Demande-lui s'il accepte d'épargner ce système solaire. Si c'est le cas, je veux bien qu'on commence à parler.
- Je ne peux pas le contacter directement à cette distance. Si on se rapproche avec le vaisseau, on pourra tous lui parler avec le visiophone.
- Très bien, on va y aller.
- Ils doivent déjà être arrivés, nous allons mettre un peu plus de temps qu'eux avec ce tas de ferrailles...
- Ils sont où ?
- Sur la quatrième planète.
- La quatrième ?
- Ils ont fait tous les travaux là-bas. Dans une installation souterraine, beaucoup de gsènes ne supportent pas le froid. ». On regagne le salle de contrôle et Paco est mis au jus. Sa réaction est sanguine mais il comprend bien qu'on ne le laissera pas finir en brochettes, du moins que je ne le laisserai pas. La quatrième planète est bien sûr inhabitée et de ce que j'en sais, ce n'est pas un coin qui donne envie : une surface complètement glacée et des pluies de méthane qui durent depuis des milliers d'années. Mil indique les coordonnées et Paco les note en la fusillant du regard. Le courant ne passe plus entre les deux... C'est ma chance. La gsène se retire dans une chambre pour se reposer et j'allume un joint à Paco : « Mec, t'as reçu les analyses pour moi et Mil ?
- Ah... Ouais, Sal. Je suis désolé mais c'est pas bon.
- Arrête de charrier.
- Non, c'est vrai. Ils... Enfin, non, c'est vraiment pas possible.
- Même une branlette ?
- J'imagine que pour une branlette, ça passerait mais je ne pourrais même pas te le certifier. Le reste fait peur, c'est par rapport à ton sang et à la forme...
- Bon. D'accord..., je marque une pause, T'es sûr ?
- Je suis désolé, vieux. ». Quel sale monde. Baiser des lézards toute ma vie... C'est impossible. Cette vive colère me donne envie de les rejoindre, d'adapter mes convictions à celles de Kaver. Serait-il si difficile de laisser tout ça en plan ? De revenir sur Terre ? Voilà comment je vois les choses : Kaver accepte d'épargner les Valmériens, Paco contacte Menthe, Mil et moi nous cassons à bord du vaisseau tandis que le lézard-robot est récompensé par le gouvernement. L'Ordre est parti mais Paco a réussi à empêcher le pire : la destruction du système-solaire. Peut-être sera t-il triste de me perdre mais je suis sûr qu'une île privée remplie de gamines lézardes à son service pourra lui faire oublier. Et comme pour me détromper : « Sal, tu comptes vraiment partir ?
- Ben... Je sais pas, Paco. C'est pas complètement con.
- Arrête ! On est bien ici. Imagine le fric qu'on va se faire si on les nique.
- Ouais, je sais pas.
- Qu'est-ce que tu vas faire sur Terre ? Rien du tout, mon gars. Ici, tu vas niquer grave.
- Ouais. Mais c'est pas pareil.
- Qu'est-ce qui n'est pas pareil ?
- Un tas de choses. Ça, déjà !, je brandis ma canne musicale qui est restée là, sur le canapé.
- Hein ?
- Laisse tomber, Paco. Conduis-nous à la quatrième planète. Tout le monde sera content, t'auras une montagne de fric et nous on pourra rentrer.
- Tu me parles comme tu parlerais à un Valmérien.
- Arrête.
- Et pourquoi je pourrais pas rentrer avec toi ?
- C'est pas possible, Paco.
- Ce Kaver m'a l'air d'être un drôle de connard si tu veux mon avis. Je suis aussi Valmérien que toi.
- Je suis pas dans sa tête, je peux rien faire. », le voyage se passe et Paco me relance quelques fois mais nous arrivons toujours aux même conclusions : le lézard-robot est coincé ici. Je finis par attraper ma canne musicale et joue une ballade en mineur. Paco reste aux commandes. J'ai un joint au bec depuis quelques minutes et je commence à me poser des questions... Est-ce que je ne suis pas en train de risquer la vie de millions de personnes pour une histoire de cul ? Est-ce qu'une branlette ne résoudrait pas tout ça ? Cette question est essentielle : nous allons rejoindre Kaver dans peu de temps, il faut que j'ai les idées claires pour faire un choix judicieux. Même si je doute que je puisse arriver à changer d'avis aussi facilement, il faut essayer. Après tout, d'un côté il y a un gros légume qui ne s'emmerde pas pour rentrer dans mon crâne à chaque occasion et de l'autre un royaume de vieux salopards. L'un me promet un potentiel retour au bercail tandis que se profile plus loin une vie de roi dans un monde de misère. Toutes ces choses sont à prendre en compte mais il m'est impossible d'y penser sérieusement quand la plus petite divergence me fait arriver à l'éternelle vision d'une bite accompagnée. Je pose ma canne et rejoins la serre. L'odeur de la weed me fouette le visage et je ne peux résister au plaisir de tester la nouvelle récolte. Quelques têtes d'une branche encore suspendue me semblent assez sèches et j'en fourre une dans ma pipe qui ne tarde pas à s'allumer. Un peu plus loin, je vois quelques fraises rougir ; poussées par la lumière synthétique. J'en détache une et l'écrase lentement du bout de ma botte : « Plus jamais. ». Je reste debout et commence à enlever mon pantalon, il faut trouver la motivation... Les quelques images de Mil jouissant télépathiquement m'aident à surmonter cette délicate étape. Goffer me revient comme un flash mais sa petite carrure me fait étrangement perdre en volume. Je décide d'en finir et revient sur la facile image floue d'une terrienne sans artifice. Dans une folie caractéristique des fins de matchs, je m'abaisse et écrase d'un blanc nacré les restes de fraise. La tension redescend et tout s’éclaircit : « J'emmerde ces Valmériens et leur monde, je me casse d'ici. », après tout Mil a laissé supposer qu'on arriverait à faire changer d'avis Kaver sur le sort de ce système-solaire. Même si je respecte son idée de base, le fait de laisser un Paco riche derrière moi m'aidera sûrement à mieux dormir. Tout est réglé, jamais une branlette n'aura été aussi utile. Je rallume ma pipe et vais retrouver Mil dans la chambre, l'esprit moins lourd, la bite vidée. Elle est allongée sur le lit de Paco, elle me lance un regard complice du genre : « Ça va mieux ? ». Je n'apprécie guère et prend la parole avant que la situation ne devienne trop étrange : « Tu es sûre que Kaver acceptera d'épargner cet endroit ?
- Oui, il tient à chacun de nous.
- Ouais... Étrange que l'évolution mène à cette faiblesse.
- Quelle faiblesse ?
- Ben, il t'a quand même mise au courant de tous ses plans, il t'a donné les coordonnées – je fais un signe de la main pour finir cette liste plus tôt que je ne l'aurais voulu –, on pourrait très bien réduire son installation en poussière avec un simple coup de visiophone.
- Je n'avais pas vu ça comme ça.
- Peut-être qu'il sait déjà qu'on ne le fera pas.
- Tu penses qu'il peut connaître le futur ?
- Je sais pas mais il fait tout comme en tout cas.
- C'est simplement quelqu'un d'aimant, je pense.
- Tu le connais mieux que moi, c'est sûr... Mais je trouve quand même étrange que la solution lui permettant de sortir de... Ce qui semble être un enfer pour lui, soit aussi perméable aux sentiments. Il serait prêt à mourir ou à finir dans une prison Valmérienne pour nous sauver, nous ?
- Dommage que les seules belles phrases que tu prononces soient si tristes.
- Tu ne te poses pas la question ?
- J'ai voyagé dans son corps comme nous voyageons actuellement dans l'espace et...
- Ben voyons...
- Le monde n'est pas aussi compliqué que tu le penses.... Tu vis cerné de dogmes plus forts encore que ceux des sociétés libres.
- Je ne vois pas du tout ce que tu veux dire.
- Je le sais bien. Écoute, nous allons pouvoir partir d'ici, n'est-ce pas le plus important ? », derrière moi, j'entends la sonnerie du visiophone.

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