Saison 3 Chapitre 22

CHAPITRE 22

Gareth est devant nous et se met à gueuler, sa voix résonne dans la pièce qui a un plafond d'une vingtaine de mètres : « Ô accueille nous dans ton foyer ! Nous sommes ici pour te présenter deux êtres qu'il nous faut juger, aide-nous ! Je t'en prie. », le gros tas nous fait signe et on se met à genoux. Bazil est loin derrière, il surveille la seule issue du sanctuaire. Je cherche la Déesse partout, je m'attends à voir un singe descendre de l'arbre ou quelque chose du genre mais rien ne se passe. Gareth s'éloigne et nous dit de rester là. Je murmure à Mil : « Tu vois, y a rien, c'est bidon. On a aucune chance. », la gsène ne répond pas et ne fait d'ailleurs aucun geste. Je me retourne et vois Gareth arrêté en pleine marche, rejoignant Bazil, lui aussi immobile. Je me lève et le truc devient flippant, le temps semble s'être arrêté. Tout le monde est figé... La parfaite occasion pour s'enfuir mais une bourrasque de vent vient s'écraser contre mon visage : « Hé oh ! Bordel, qu'est-ce...
- Sal Mocco !, la voix vient de l'arbre
- Oui, où vous êtes ?
- Là !, les branches bougent puis je comprends que c'est l'arbre qui parle, je pousse un petit soupir gêné, le truc reprend, Tu n'as pas l'air ravis !
- Ben, si, si. Mais, je sais pas. Vous... Vous êtes vraiment l'arbre ?
- Sal Mocco ! Tu es ici pour que je puisse te juger.
- Oui, c'est ce que Gareth nous a dit. Écoutez, vous devez savoir qu'on est les gentils dans l'histoire, on est pas de l'Ordre et...
- Sal Mocco ! Je n'ai besoin d'entendre aucune de tes explications, je suis une divinité, je sais.
- Ah... Ben dîtes-moi alors. Et pourquoi vous avez arrêté le temps ? Vous auriez pu donner votre réponse directement.
- Tant de questions de la bouche d'un être aussi moche !
- Ah ben tiens... C'est nouveau ça... Pourquoi moche ?
- Encore une question ! Sal Mocco, vous êtes indigne de vivre dans cette forêt, sachez-le. Je sais que vous voulez détruire l'Ordre mais seulement dans une optique personnelle, vous êtes mauvais, moche et vous pensez être plus malin que tout le monde, vous êtes détestable, Sal Mocco !
- Ben, putain... J'ai bien fait de venir...
- Ce n'est pas tout ! Vous êtes un débris, dépendant du mal, aux besoins lubriques insatisfaits, un moins que rien.
- Bon, c'est fini ? Rebalancez le temps qu'on en finisse...
- Vous donnez la mort aurait été...
- Hé ! Ferme ta gueule le platane ! Je suis pas dans une période facile...
- Colérique en plus !
- Putain...
- A genoux ! », mes jambes sont faibles et je ne peux qu'obéir. Les autres reprennent vie. Mil a l'air soulagée... L'arbre a dû la couvrir d'éloges... Bordel, elle a brisé mon cœur et ça, les divinités semblent s'en foutre salement  ! Gareth se retourne : « Ah ? Déjà ? Vous êtes de plus en plus efficace ma Déesse ! Mais vous ne m'avez pas soufflé votre jugement...
- Je vais parler directement aujourd'hui, Gareth. Merci pour ta sollicitude.
- Très bien, ma Déesse !, il se met à terre et embrasse ses genoux.
- Mes chers amis... », nous sommes en position de soumission, impossible de se relever. Cette situation me permet d'analyser les alentours avec plus d'attention. L'arbre-déesse prend racine sous la base du bâtiment, on la voit s'enfoncer dans la glaise et son tronc passer au-travers du sol. Le truc n'est pas si grand que ça, peut-être quinze mètres de haut... Mais sa densité est impressionnante, il pourrait très bien abriter une cabane sans qu'on puisse s'en douter. Malgré ce que je viens de vivre, il m'est difficile de penser que cet arbre soit vraiment le truc ayant arrêté le temps. Il n'y a aucun signe de personnification, pas d'yeux, pas de bouche... Je verrais plus un être ignoble caché dans les feuillages et voulant se donner un label nature majestueuse. Un gremlin à la con... « Non, je suis l'arbre ! », la voix éclate comme un ballon placé à côté de mon cerveau. Merde... Juste en dessous, à travers le sol transparent, on devine quelques os à moitié enfoncés dans la glaise. Comment ont-ils pu arriver là ? Cette dalle est très solide et il n'y a aucune trappe... Je ne comprends pas. Je tapote le truc mais rien de bien concluant : « Vous m'écoutez, Sal Mocco ? dit-elle à voix haute, cette fois.
- Ouais, ouais... Même si je sais déjà ce que tu vas dire, Gareth tousse grassement, certainement pour me faire comprendre l'incompatibilité de ma démarche face à une divinité.
- Ah oui et que vais-je dire ?
- Ben... Que je suis qu'un gros moche qui mérite de crever...
- Mmmh, exactement. Gareth, tu peux raccompagner la jolie Mil Abb au village et fais tout ce que tu peux pour l'aider. Monsieur Sal Mocco reste avec moi. », Mil a au moins la décence de tirer la gueule et Gareth lève la tête avec un petit air embêté, il s'approche de moi et me murmure : « Tu n'auras plus besoin de ça... », il prend ma weed mais me laisse tout de même la pipe : « Mil, suis moi. Nous rentrons au village. », Mil ne s'est pas encore levée et je sens le sol s'affaisser sous mes jambes. Je ne peux toujours pas bouger, le sol est maintenant liquide tout autour de moi. Mil qui n'est pas dans cette zone de mélasse me regarde m'enfoncer avec effroi : « Sal ! Sal...
- Bordel, sortez-moi de là ! », la zone de mélasse forme un cylindre d'un petit mètre de hauteur. Mes jambes se déplient lentement de telle façon que ma tête reste à peu près à la même hauteur tandis que que mes pieds se rapprochent dangereusement du sol – le vrai. Le roi lézard : « Viens Mil, je te ramène au village.
- Tu vas nourrir mes racines, Sal Mocco ! Tu es moche mais tu as l'air délicieux !
- Connasse !
- Sal ! », tout ce vacarme m'épuise, mes pieds touchent maintenant la glaise et je sens l'acidité ronger mes bottes : « Bordel, aidez-moi ! Elle va me bouffer ! », Mil se lève et je vois quelques larmes sur sa joue... Elles provoquent inévitablement la raideur de ma bite s'opposant directement à une mélasse trop dense pour que je puisse apprécier le moment : « J'ai mal ! Gareth, sors moi de là, mon gros !
- Il ne te comprend pas, Sal !
- Putain... Ouais, je sais. Laisse moi vivre mes derniers instants comme je l'entends, Mil.
- En parlant de comprendre, Sal Mocco ! J'ai presque oublié de te laver de tes péchés... La dégustation n'en sera que meilleure, une légère douleur puis la rédemption... », un vent frais parcourt la pièce et je sens ma tête vibrer. Mon lobe droit semble gonfler, mes bottes sont quasiment rongées et je sens que ça se passe mal pour moi. Gareth m'adresse un signe et j'entends les sifflements de l'enfer sortir de sa bouche. La pute a désactivé mon traducteur, mes pied se font maintenant dévorer et je cris de douleur. Je suis enfoncé dans la dalle liquide jusqu'à la taille et essaye de me tirer de là en griffant le sol resté dur, ça ne sert à rien... Je lance un dernier regard à Mil et n'ose pas regarder l'état de mes orteils. Soudain, j'entends un glissement. En me retournant, je vois Bazil à terre, une marre de sang à ses pieds. Un grand homme est posé à l'entrée, il doit mesurer trois mètres de haut et est aussi mince qu'un poteau électrique. Sa tête allongée finit en un bulbe et ses jambes ne possèdent pas de pied, ses dernières semblent molles et s'écrasent au sol en une bouillie compacte. Devant lui, le responsable de la mort de Bazil, un grand machin balèze et touffu. Il me fait penser à un ours avec un pantalon, son museau est tout de même plus court et son corps plus fin que l'animal bien connu. Gareth siffle comme il le peut mais la bestiole est déjà sur lui et lui arrache directement la tête dans un déboîtement fulgurant de la mâchoire. Ce qui reste du roi tombe sur la dalle froide et l'ours recrache la seconde partie qui roule un peu plus loin. La mâchoire remboîtée, il regarde le grand type maigre, attendant certainement un commandement. L'attaque que subissaient mes pieds a cessé mais le mal est fait : il me manque pas mal d'orteils et il n'y aucune trace d'ongle significative sur ce que je peux voir à travers la dalle, cette dernière s'est d'ailleurs solidifiée et m'empêche tout déplacement. Le grand type maigre s'avance, sa démarche est plutôt ridicule : à chaque pas, ses jambes s'enfoncent dans un léger bruit de succion et tout indique une chute imminente qui ne se décide jamais à venir. L'arbre est furax : « Quel blasphème ! Kaver, tu es allé trop loin, tu vas payer.
- Oh... Regarde ce que tu as fait à mon ami, ce n'est pas respectable, lance le gars maigrichon. », les deux restent là, ne prononçant plus un mot. Comment ai-je pu comprendre ce qu'il disait sans traducteur ? J'ai l'impression que tout va trop vite... Mais putain... C'est Kaver, le gars que les deux gros tas de merde voulaient me présenter : le chef de l'Ordre... Mais pas le temps de réfléchir, l'arbre-déesse se met à brûler devant mes yeux et un horrible son résonne dans la pièce. Le sol commence à fondre et l'ours me fait sortir de la mélasse d'une seule main. Il m'installe sur une épaule, Mil est sur l'autre et nous nous retrouvons en un instant à l'extérieur. Le sanctuaire coule comme une glace au soleil, le truc devient répugnant, une grosse flaque de merde blanchâtre. On me pose au sol mais mes pieds rongés ne me permettent pas de me maintenir debout. Mil s'approche : « Sal, c'est affreux !
- Putain, ouais... », le spectacle de mes pieds fondus est atroce mais la douleur n'est plus si terrible. Kaver se penche vers moi, sa main effleure mes deux blocs de graisse dégoulinant : « Ce n'est pas très esthétique, en effet.
- Merde, je pensais que vous alliez me les soigner...
- Comment ?
- Je sais pas... Vous êtes télépathes, vous avez foutu le feu à cette vieille conne... Et vous approchez votre main de mes pieds comme ça...
- Oh... Oui mais non, ça n'a rien à voir. Désolé.
- Ouais...
- Parh vous portera jusqu'aux grottes et nous vous soignerons là-bas, j'ai bien peur que nous devions remplacer vos pattes, d'ailleurs. Une ablation et un remplacement par des prothèses adaptées me semble nécessaire.
- Merde, j'avais de beaux pieds, vous savez.
- Je n'en doute pas, cette sorcière avait pour habitude d'abîmer les belles choses. J'aurais dû faire ça il y a déjà longtemps. », Parh me fout sur son dos et je me retrouve encore une fois à déambuler dans la jungle sur une monture sauvage. Celle-ci est tout de même plus agréable, plus chaude. Son poil qui me paraissait dru épouse parfaitement les formes de ma poitrine et de mes cuisses, sa teinte brune cache en fait de merveilleux reflets bleus, quelle belle créature... Ce connard de Gareth a emporté la weed dans la tombe, impossible de profiter de la pipe restée dans ma poche... Mil n'a pas l'air affecté par ce revirement de situation : « Alors, Mil, elle t'a dit quoi cette Déesse.
- Que mon cœur était pur et que...
- Ouais je vois...
- Et toi ?
- Des trucs complètements subjectifs.
- C'était un drôle d'être mais sa vérité était belle.
- Sa... Belle ? Quoi ?
- Vous parlez d'une bien belle manière mademoiselle Abb, s'incruste Kaver.
- Merci.
- Je suis désolé pour tout ce qu'il s'est passé... Vous êtes des êtres merveilleux et sachez que nous ne vous feront aucun mal, vous êtes nos invités. Seulement, le gouvernement Valmérien... Enfin, vous les connaissez. Nous ne pouvions pas vous laisser dans cette situation, vous auriez pu, malgré vous, provoquer une catastrophe... La perte de Phil est regrettable et nous nous en excusons encore... Pensez bien que nous ne voulons que votre bien. Nous allons nous expliquer et je suis sûr que vous comprendrez mieux ce qu'il se passe, vous aurez de toutes les manières le choix. Vous êtes nos invités, ne l'oubliez pas. », les présentations ne sont même pas encore faites que le mec parle business... Les choses sont établies, le patron de l'Ordre nous a sauvé et il veut nous recruter : « Vous nous traitez comme ça parce qu'on est gsène ? Si on avait été Valmérien...
- Les Valmériens ne sont pas comme nous, continue Kaver, nous avons eu tellement d'ennuis avec eux... Mais comme je le disais, vous comprendrez mieux quand nous aurons discuté. Un peu de patience, les sièges Torhien sont beaucoup plus confortables que le dos de ce pauvre Parh. », Kaver émet un son étrange que je prends pour un rire. Le voyage se passe lentement, Kaver est imposant, sa façon de bouger est aérienne, ce qui était drôle dans le sanctuaire devient ici majestueux. Serait-ce encore une astuce de télépathe ? Ces gars sont vicieux, ils savent certainement déjà ce que je pense, je ne suis peut-être qu'un jeu pour eux, une distraction de plus. Tout ça m'énerve un peu, je me sens salement inférieur. Si au moins j'avais mon flingue... Le soleil est déjà bas et j'ai eu le temps de détailler la flore locale : rien de passionnant, en fait. Ce bon vieux con de Gareth va me manquer... En revanche, si elle ne m'avait pas bouffé les pieds, j'aurais certainement dansé sur le feu de joie de Déesse. Kaver a pas déconné sur le coup, ça a certainement du se passer dans leurs têtes, peut-être que le combat a duré des jours, des semaines... Ou peut-être qu'il lui a simplement mis le feu : « Kaver, comment tu l'as cramée ?
- C'est elle qui s'est donnée la mort.
- Ah ?
- Oui, nous avons conclu, elle et moi, que j'étais le plus apte à continuer et que de toutes les manières, même si elle en décidait autrement, je n'aurais aucun mal à la détruire. Elle a voulu avoir une mort rituelle, inutilement douloureuse selon moi mais... Enfin, les croyances et les cultes...
- Ouais. Tu pourrais me faire cramer si tu le voulais ?
- Comment... ?
- Non mais je veux dire par l'esprit.
- Ah, non.
- Ça te rend plus sympathique.
- J'imagine.
- Mais alors pourquoi est-ce que tu étais plus puissant qu'elle ? Elle a fait quelques machins assez balèzes.
- Elle ne créait que des illusions, votre centre de contrôle n'est pas une machine très complexe et sa manipulation peut s'avérer dramatique... Pour vous, bien sûr. Dans cette sphère là, j'ai quelques bases solides.
- Donc tu peux faire des trucs supers balèzes aussi ?
- Certainement.
- Mais pas me faire cramer ?
- Non.
- Ça marche. », comme Mil, le grand gsène peut donc me faire croire qu'il parle ma langue. Il diffuse un message de façon à ce que chacun trouve le contexte le plus judicieux pour sa compréhension complète. Après quelques secondes de silence, Kaver reprend la parole : « Il est drôle de voir deux personnes de vos espèces respectives côte à côte, il désigne Mil avant de braquer son long doigt vers moi.
- Pourquoi ?
- Vous représentez tous deux le fameux passage d'un état inerte à celui du début du contrôle. L'évolution que l'on retrouve dans tout l'Univers, une belle étape. Vous regardez l'avenir proche quand vous posez vos yeux attendris sur cette demoiselle, monsieur Mocco.
- Ouais, ouais... », on continue à marcher et tout en regardant le cul de l'avenir, j'éprouve une légère érection. Je vais essayer d'être direct la prochaine fois que j'en aurais l'occasion. Si elle a baisé avec Paco, je ne vois pas pourquoi elle me refuserait une petite branlette. Je suis sûr que tout sera très simple. Nous arrivons devant une paroi rocheuse et Kaver nous désigne l'entrée  : « Ah, nous voilà arrivés ! ».

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