Saison 3 Chapitre 12

CHAPITRE 12

Je n'arrête pas de penser à ce que Paco est en train de faire subir au vaisseau. Il sait à peu près piloter mais vu l'état dans lequel je l'ai laissé, il se peut que le con fasse une boulette ; rayer la carlingue serait chiant mais resterait anecdotique face à une collision frontale avec un transporteur. Je n'aurais peut-être pas dû prendre la mouche, au fond je comprends qu'il ait voulu éviter les emmerdes, nous n'avons jamais été des héros, on prend le fric là où on peut le trouver. Actuellement, l'affaire Mil Abb est complètement inutile d'un point de vue financier... Mais tout de même, tout ça titille mon appétit de détective. Pourquoi des gars s'en prennent à un convoyeur de flotte ? Pourquoi sa meuf se fait enlever un peu plus tard ? Peut-être que les deux trucs ne sont même pas liés... J'allume un joint. Le barman me regarde de travers mais ne m'emmerde pas. Dans tous les cas, j'ai l'impression d'avoir mis mes godasses dans un truc louche. Je n'aime pas être dans cette situation, généralement je suis celui qui tient les jumelles et qui scrute dans l'ombre mais là, les rôles semblent inversés. Au final, Paco avait raison, ce serait trop con de se faire zigouiller pour ça, bordel, je me fais niquer par mes hormones. La petite gsène était à mon goût mais j'aurais d'autres occasions, je dois mettre ma curiosité terrienne aux oubliettes. Chatte et mystère, voilà ce qui a failli me perdre. Je commande une autre liqueur à l'eau et une voix à ma droite m'interpelle : « Tu m'en offres une ? », c'est une Valmérienne, elle est plutôt bien habillée et porte les faux-cils que j'utilise pour rouler mes oinjs. Je fais signe au barman de préparer deux cocktails : « Merci, mon chou.
- Ça fera au moins une bonne action aujourd'hui.
- Bonne action ? Oui... Enfin, ça dépend ce que tu as en tête avec ce verre, elle pose ses griffes sur sa jupe et la relève un peu pour me montrer quelques écailles de sa cuisse.
- Ah... Non, vraiment, j'aimerais que ce verre soit complètement moral.
- Très bien, mon chou – tout en remettant sa jupe – je compte sur toi pour m'en offrir un second alors.
- Un verre moral sera suffisant, oui. Le second, tu en feras ce que tu veux. », elle est beaucoup plus grande que Goffer, son museau est plus long, lui aussi. Les écailles molles de la jeunesse risquent de me manquer : « Comment tu t'appelles ?
- Jona et toi, mon chou ?
- Sal.
- Tu as l'air préoccupé.
- Un peu, ouais. Il faut que je retrouve un ami.
- Tu peux le vidéo-contacter, il y a une cabine au fond de la salle.
- Plus tard, peut-être.
- Tu es là depuis combien de temps ?
- Dans le bar ?
- Non, sur notre planète.
- Ah... Quelques temps. », je demande une troisième fournée de liqueur. En attrapant un autre joint, j'observe un peu les alentours. Il y a quelques lézards au comptoir et d'autres éparpillés ici et là dans la salle ; de façon objective, je dois être la personne la plus intéressante pour une bonne gagneuse. Je me demande si Jona est une pute, elle en a toutes les caractéristiques et normalement cela ne me dérangerait pas outre mesure mais j'éprouve quand même un sentiment de déception, rapidement remplacé par une surprenante déprime généralisée : je suis une lampe spectrale dans un vieux camping. Triste et froide, ne faisant vivre que temporairement un monde de pourritures grouillantes. Au loin – et ne le voyant qu'entre deux vagues d'insectes – l'amour naît entre une biche et un cerf. Pas besoin de lumière, pour éclairer le sperme animal coulant d'une fente aimante. Jona m'entraîne vers les toilettes. Nous nous retrouvons dans une cabine et la lézarde enlève son haut, comme si la vue de ses mamelles écailleuses allait changer quelque chose... Elle sort ma bite et commence à la branler doucement. Je ne suis pas en forme : « Jona, tu es une professionnelle ?
- Non, je t'ai vu sur un panneau publicitaire. », elle réussit à me tirer un demi-sourire. Elle commence à lécher mon gland puis s'arrête et se rhabille : « Je n'aime pas cet endroit, mon chou.
- Ah... – je remballe.
- J'habite à côté, viens avec moi, on s'amusera là-bas.
- Ça marche. », on sort du bar et nos yeux retrouvent la lumière rouge du soleil. La meuf me dit que c'est un peu plus loin. Je n'ai pas l'habitude de me promener avec des Valmériens, encore moins avec des Valmériennes, je sens les regards des passants couler sur notre étrange couple. Que doivent-ils penser ? Je n'en sais rien. Moi même, je n'en pense pas grand chose. Jona me montre une porte, l'endroit est misérable : une grande bâtisse non achevée, d'une bonne centaine d'étages. J'ai l'impression que le truc va s'effondrer dans la minute. On se retrouve au trente-troisième, certains appartement n'ont même pas de porte d'entrée, peut-être un énorme squat. Jona donne un coup de pied dans un des sas et nous pénétrons dans sa chambre. Il y a un matelas au sol et des fringues éparpillées dans toute la pièce. Au fond, une table et quatre sièges : « Mets-toi à l'aise. Je vais prendre une douche. », je fous mon cul sur une chaise et m'allume un joint. Je n'arrive pas à me sortir du crâne l'affreuse image de mon vaisseau démoli ; ça me fait du bien d'être là avec cette fille, peut-être qu'on arrivera à une situation plus claire après cette baise. A la moitié de mon joint, Jona sort de la douche, elle n'a pas du tout l'air d'avoir été mouillée, elle ne porte plus ses faux cils, peut-être les a t-elle oublié : « Tu veux un verre, Sal ?
- Je veux bien, oui. Mais avec un peu d'eau. », elle arrive avec deux cocktails et s'installe en face de moi : « Tu préfères les femelles de ta planète ou celles qu'on trouve ici ?
- Je t'avoue que les terriennes me manquent.
- Je comprends, vous êtes fait l'un pour l'autre.
- Oui...
- Mais bon, je pose la question.... Je connais des gsènes qui sont bien contents d'avoir atterris ici à ce niveau là.
- Ah ?
- Des gsènes qui doivent préparer leur femelle des jours à l'avance avant de tirer leur coup.
- Ah...
- Physiquement.
- Oui, je vois. », nos verres se terminent. Jona a l'air soucieuse, elle n'arrête pas de se gratter la cuisse et ne me regarde plus dans les yeux. J'ai l'impression qu'elle regrette de m'avoir emmené ici : « Jona, si tu n'as plus envie... Je peux partir.
- Non, non. Désolé, c'est juste que... Non, non, reste. », elle s'approche de moi et m'accompagne jusqu'au matelas. Soudain, la porte d'entrée s'ouvre, Jona se mets à gueuler : « Bordel ! Vous faites chier... », deux gsènes rentrent, ils sont affreux. Les deux sont de la même espèce qui pourrait se nommer « bouillie condensée »... « Désolé Jona, dit l'un d'eux.
- J'ai attendu des plombes, vous deviez déjà être à l'appartement à mon retour.
- On en parle après si tu veux bien ? », les regards se tournent vers moi et je sens que tout va mal se passer. Un des tas de bouillie cellulaire tend un objet dans ma direction, je n'ai le temps de rien faire et comprends que je vais recevoir une décharge neuronale. Un puissant flash. Je suis dans un grand supermarché, au rayon boîte de conserve. Je pousse un caddie et attrape quelques trucs au passage. L'endroit est désert et un son métallique se perd dans l'immensité de la salle à chaque fois que je balance un objet dans mon chariot. Il n'y a pas de plafond, la lumière blafarde environnante ne semble venir de nulle part. Au loin, une forme se dessine. Cette dernière pourrait être à des kilomètres de là, s'élevant dans les airs portée par une structure dense. Je comprends qu'il s'agit d'une bête assise sur une chaise disproportionnée, semblable à celle d'un arbitre de tennis jugeant un match dans le ciel. Je continue mes courses, voulant éviter d'attirer l'attention de l'immonde monstre. J'installe doucement un paquet de chips sur le tas de boîtes de maïs posées au fond du caddie. Il faut être silencieux mais cela est impossible. Le moindre de mes pas résonne, ma respiration devient assourdissante, le sang tape au fond de mon crâne. Je suis pris de tremblements et renverse trois bocaux qui s'écrasent au sol. Le verre se brise et les haricots se répandent, grouillant comme des insectes. La chaise de la monstruosité se met à osciller comme si ses pieds n'avaient été jusque là que de simples réglisses. L'objet prenant appui au loin se retrouve maintenant au-dessus de moi. Les haricots se faufilent sous les étagères. La bête est immense, un de ses yeux pourrait facilement remplacer ma tête. Le dossier du siège est parallèle au sol, l'être démoniaque se retient en saisissant fermement les accoudoirs, s'il les lâchait son corps m'écraserait certainement : « Allée cent-huit, hein ? Avez-vous cassé ces bocaux ?
- Oui, désolé...
- Pourquoi ?
- Parce que j'avais peur.
- Et peur de quoi ? », une coulée de bave vient se répandre à quelques centimètres de moi, je n'ose pas bouger. Le liquide ronge le sol et creuse rapidement un effrayant trou. Il se met à rire, du moins, sa figure facétieuse me le laisse penser car le son sortant de sa bouche n'est autre qu'une puissante sinusoïde de quelques Hertz. Tout les rayons aux environs s'effondrent. Des milliers de bocaux finissent comme les trois tombés plus tôt, la bête s'arrête : « Peur de quoi ?
- De vous. », son visage se durcit et sa gueule s'ouvre, il est décidé à me dévorer. Dans un instant de lucidité extrême, mes pieds me poussent dans le trou encore rongé par les sécrétions. Je me retrouve dans un canapé, Jona est là, Paco aussi. Les deux lézards sont maintenant en pleine opération du plaisir. Paco enfonce sa main mécanique dans la chatte de Jona qui crie de satisfaction, Jona : « Pourquoi est-ce que tu nous regardes ? », honteux, je ne préfère pas répondre et tente de m'échapper. Je suis dans un couloir et essaye de trouver un peu plus de lumière. Derrière moi, j'entends encore les cris de Jona. Que faire ? Je ne vois aucune issue. Un lézard apparaît et me dit qu'il faudrait peut-être continuer plus rapidement, que le monstre du centre commercial pourrait se ramener. Je le suis, le décor coule et je me retrouve dans un bar. Le lézard est toujours avec moi : « J'aimerais revoir Mil, on était bien.
- Tu es... Tu es Phil ?
- Oui, c'est ça, Mil vous a parlé de moi ?
- On te cherche depuis des jours, qu'est-ce qu'il s'est passé ?
- Ah... Mil se fait de biens étranges amis, si voulez mon avis ! », il se met à rire, son visage reste néanmoins grave : « Où est Mil, demande t-il.
- Je n'en sais rien...
- Aidez-moi à la retrouver !
- Mais... Je ne sais pas. », je n'ai plus d'énergie, comment pourrais-je aider ce pauvre gars ? Il se met à pleurer mais aucun mot ne peut sortir de ma bouche. Son visage brille, il faudrait que je dise quelques chose mais la faiblesse de mon corps est trop forte, je me sens tomber au sol, le lézard n'arrête pas ses larmes : « Ne faites pas l'intéressant, je souffre ! », mes jambes ne me portent plus, « désolé », voilà ce que j'aimerais dire mais ces trois syllabes sont beaucoup trop difficiles à matérialiser. « Désolé, vraiment » serait parfait. Le sang dans ma tête est sous pression puis je sais que tout est terminé. Ma tête brûle et Mil se tient au-dessus de moi.

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