Saison 3 Chapitre 18

CHAPITRE 18

Il y avait un bail que je n'avais pas autant dormi, bordel, ça fait du bien. Je termine un joint que j'ai semble t-il abandonné avant de piquer mon roupillon et vais à la recherche de Paco et Mil, j'espère qu'ils ne sont pas en train de niquer. Je me dirige vers la salle des commandes et après les deux sas passés, je retrouve les deux cons m'attendant avec deux gros sourires : « Alors ça va, Sal ? commence Mil.
- Ben, ouais. ». La pièce est saccagée, Mil et Paco ont du salement se disputer. Si la gsène veut varier les plaisirs, je suis son homme mais qu'elle ne s'attende pas à de la douceur... Je ne concède aucune faveur aux êtres salis par un ami : « C'est quoi ce bordel ?
- Tu ne te souviens pas ? Le gaz vert ? Les pirates ? », je vois ses yeux se plisser, cherchant de l'espoir dans mon visage. Mil commence à lui faire du coude et Paco baisse la tête vers elle, soumis. Je retrouve ma canne musicale, la pose sur mes genoux et joue un air assez simple d'une main, tout en trifouillant les potentiomètres de l'autre. Je suis surpris de voir mes doigts s'activer comme ça dans une justesse incroyable. Paco et Mil m'accordent un regard de temps en temps : « On va où les gars ?
- On va dans un garage. », j'allume un joint et continue à jouer sur ma canne. Il y a une tension dans la pièce. Je sens que les deux veulent se parler sans que j'entende. Peut-être veulent-ils baiser ? Quelles étranges créatures... Je m'allonge sur le canapé et annonce que je vais un peu dormir, personne n'est choqué et quand je commence à faire semblant de ronfler les deux se lâchent enfin : « Bon, on fait quoi pour Sal ? demande la pute.
- Il faut qu'il se repose. Il va s'en sortir.
- Et si jamais il reste dans cet état ?
- Non ! Ça va aller, je te dis.
- Bon... Et pour le garage ? Tu veux qu'on revienne sur une route officielle ?
- Non, on a pas le temps, il faut rejoindre la troisième planète.
- Mais il n'y a rien ici...
- Si, si. Il y a certaines plates-formes qui sont en orbites.
- Ah ?
- Oui, elles oscillent entre zone officielle et zone illégale. Tu vois ? Histoire de s'occuper de temps en temps de machins qui rapportent vraiment. Des magouilles organisées avec les passeurs des sociétés libres. On en connaît quelques-unes avec Sal.
- Et comment on les trouve ?
- On les trouve pas. Il faut que je lance un signal et la plate-forme la plus proche enverra quelqu'un.
- J'en ai jamais entendu parler...
- Pas vraiment étonnant, Mil. Si tout le monde en avait entendu parler... Enfin, tu vois. », il y a une forme de sérénité dans sa voix. Je n'ai jamais entendu Paco parler comme ça. Baiser Mil lui aurait-il apporter une vision claire en ces temps troubles ? Peut-être est-ce une bizarrerie gsène ? Si c'est le cas, il faut absolument que j'essaye. J'en ai plus besoin que lui après tout. Je rallume le joint : « Sal, tu dors ?
- Non, pourquoi ?
- Tu devrais peut-être faire une petite sieste, me conseille Mil.
- Une sieste ? Non, merci. », je surprends mes doigts caresser ma bite à travers mon pantalon : « Enfin, je sais pas. Tu... Paco serait là ? », elle reste muette et le dossier du canapé m'empêche de voir l'expression de son visage. Peut-être n'est-elle même pas dans la pièce. Je regarde le plafond métallique et devine quelques silhouettes, la mienne est clairement localisable et sur sa gauche se mélangent deux formes. Un vert peu affirmé et un triste bleu. Le vert prend beaucoup plus de surface et menace même quelques fois de faire disparaître le bleu. Quand les sons viennent se coller doucement à la scène que j'observe, que le claquement aigu se pose sur les secousses vertes, le tout devient trop complexe : « Paco, Mil ? Où vous êtes ?
- Toujours au même endroit, Sal...
- On est là, mec. », je me relève avec le joint dans la bouche et m'approche des deux. Paco est sur le siège du pilote et Mil à ses côtés : « On fait quoi ?
- Je vais aller installer la balise et on viendra nous chercher. », Paco se lève et s'enfonce dans un couloir. Mil est devant moi, elle cherche quelque chose à me dire. Je regarde les radars et les loupiotes d'alertes : « Qu'est-ce que... », je m'avance pour prendre les commandes du vaisseau mais Mil s'empare du gouvernail :« Je m'en occupe, Sal.
- Occupe-toi de ton cul bleu. », je pousse gentiment la meuf et démarre les machines. Il y a beaucoup d'étoiles par ici et aucune route dessinée : « On peut aller où on veut » murmuré-je. J'agrippe le manche et vole tranquillement. Il y a un nuage de roches sur ma droite et je décide de m'avancer vers lui pour exercer mon adresse. Mil : « Paco a dit qu'il ne fallait pas bouger, le bouclier ne marche plus !
- Ah ? Mais qu'est-ce que vous avez foutu... Putain, vous l'avez niqué. Sérieux, bordel de merde.
- Tu pourras conduire après mais je t'en prie laisse ça de côté pour l'instant.
- D'ailleurs... Où il est ce con de lézard ?
- Ce n'est pas un lézard...
- Il est où ?
- Je vais le chercher, tu n'es pas tenable. », Mil se lève et se casse. J'esquive quelques gros bouts de lave refroidie et me marre ouvertement quand j'en défonce innocemment de plus petits. Il y a vraiment l'embarras du choix ici : en haut, à gauche,... Le monde est ouvert à toutes sortes de possibilités et rien ne vient vous informer d'une erreur... Certainement pas la gravité ou la rondeur du soleil rouge. J'entends du raffut : « Sal, lâche ça !
- C'est quoi le problème ?
- On a plus de bouclier, faut pas déconner. Y a une dépanneuse qui vient nous chercher.
- Vous l'avez défoncé...
- Mais non, se plaint le lézard.
- Paco, ne l'écoute pas, mets le dans sa chambre avec une dose de tranquillisant », lui conseille la gsène. Je n'arrive pas à répondre et me contente de la menacer d'un petit coup de volant sec à bâbord. Paco me regarde l'air désolé. Il m'amène calmement dans ma chambre et me demande de poser un truc sur ma gueule. Avant de sombrer, j'arrive à articuler : « Elle est où Mil ? On peut pas la laisser trente secondes... ». Je me réveille dans un drôle d'endroit. Il s'agit d'une petite pièce sombre et très froide. Il y a une porte en métal ouverte laissant passer une terrible et faible lumière rouge. Autour de moi, plusieurs bouts de viande pendus sur des crochets ou simplement posés au sol. Où sont Paco et Mil ? Il y a tout un système de rails pour faire passer les bouts de viandes par une trappe – actuellement fermée. Je trouve un joint dans ma poche et l'allume rapidement. La fumée est dense, elle grimpe et s'étale sur le plafond. Je touche un morceau de viande du bout du pied : « Dur à en crever », et je me prédis le même sort si je ne dégage pas d'ici dans les minutes qui suivent. « Paco... », « Mil... », c'est la seule chose que j'ai en tête. Je ne sais pas pourquoi ou ce que ça représente. Ça pourrait même être le titre d'un livre. Je sors du frigo et me retrouve dans la lumière rouge. Il n'y a pas d'ampoule, la lumière n'a aucune source visible et pourtant au milieu de ce couloir couleur sang, une ombre vient troubler l'espace. Elle est là à quelques mètres et ce n'est l'ombre de rien. « Bordel, qu'est-ce que c'est que... », la tâche sombre glisse vers moi et se retrouve à mes pieds. Elle prend du volume et grouille comme un tas de cafards. Je n'ai jamais vu un noir aussi profond. J'approche mes doigts et la chose se met à vibrer ; elle éclate. Elle laisse derrière elle un objet que je reconnais immédiatement : mon arme. C'est elle, celle configurée selon mon poids et plein de données très personnelles. Je l'attrape pour vérifier si quelqu'un se fout de ma gueule. Et non, elle est bien là, réglée sur la puissance minimale ; en pressant, un trou se matérialiserait sur n'importe quelle surface. Au fond, il y a un sas à ouverture manuelle. « Paco... Mil... », j'avance et mes yeux se perdent. Je ne sais même pas où regarder, comment ce truc est possible ? Il n'y a pas un seul endroit marqué par une autre teinte, le sang est partout. Ah oui, le sas... J'accélère le pas. J'ouvre et referme doucement derrière moi. Je retrouve des couleurs censées, l'obscurité rassurante provoquée par une source de lumière mal placée. Je suis en hauteur, sur une petite plate-forme, un escalier à ma droite qui mène au plancher. C'est une sorte de grand hangar et... Mon vaisseau est au fond, je reconnais sa gueule au premier regard. Entre la navette et moi un gros tas de merdes : des tuyaux, des câbles, des pièces détachées,... Il y a aussi quelques personnes, elles ne m'ont pas vu. Je descends silencieusement et me retrouve dans une zone ombragée. Je vois un peu mieux ce qu'il se passe : un reptile-métallique et une gsène bleue sont attachés côte à côte, collés sur une plaque. Devant eux, deux lézards géants maniant de drôles d'outils. Les deux Valmériens se marrent. Ils exhibent la main organique du lézard attaché – qu'ils viennent certainement de couper. J'hésite à remonter les escaliers, je n'ai pas envie d'attirer l'attention ; il faut absolument que je trouve Paco et Mil. Puis merde, je vais leur demander : « Oh... Euh... Je cherche Paco et Mil. », les deux Valmériens essayent de me localiser et le gars attaché gueule : « On est là, Sal ! », je m'avance. « Je cherche Paco et Mil. », un des Valmériens s'approche de moi. A ses pieds son ombre grouille, se densifie, grossit. La chose commence à dévorer le pauvre lézard : « Merde..., murmuré-je.
- Sal, on est là, bordel de merde ! », l'ombre a atteint la taille du reptile et menace d'engloutir le reste rapidement. Malgré sa fin proche, le gars continue son avancée et lève désespérément un outils vers moi. Derrière lui, le brave reptile attaché : « Sal, fais gaf' ! », l'ombre a déjà écrasé les yeux et compte prendre son temps... Je décide de mettre fin à l'horreur et désintègre le haut du crâne d'un coup de laser. L'autre Valmérien est pétrifié devant la scène. Il cherche un outil pendant que le lézard prisonnier gémit : « Nique-le, Sal ! Bordel ! Bouge ton cul !
- Je veux juste savoir... Où sont Paco et Mil ?
- Mais merde, on est là, mon vieux ! Ils m'ont coupé la main ! Des putains de garagistes-cannibales ! Bordel de merde ! Bordel de putain de merde ! Explose-lui la gueule ! », le Valmérien s'enfuit et disparaît dans le fond du hangar : « Sal, libère-nous ! Vite ! Avant qu'il revienne avec un flingue ! ». Je fais ce qu'on me dit sans beaucoup d’enthousiasme. Ma tête est bouillante. Je termine sur un lit et mes yeux se ferment. Il y a Jona assise sur un lit, elle attend que je lui adresse la parole : « Alors Sal, ça va ?
- Ben, ouais, tranquille.
- Désolée pour cette histoire d'Ordre, l'enlèvement, tout ça.
- Ouais, tu peux l'être. Tu m'as foutu dans une merde, tu peux même pas imaginer.
- Tu y étais déjà bien profond... Et puis, je te rappelle que j'en suis morte, pour l'instant tu t'en sors mieux que moi.
- Ouais... Je sais pas.
- Crois-moi.
- Puis j'ai bouffé de ce gaz à la con, regarde-moi, je deviens cinglé.
- C'est rien, ça va passer. Regarde-moi – elle insiste sur ce dernier mot et je vois maintenant un trou noir se dessiner dans son ventre.
- Oui, oui...
- Tu as ta canne musicale, tu as Paco et Mil, ça va aller.
- On verra. », mes yeux s'ouvrent et je rejoins Paco et Mil dans la salle des commandes. Le vaisseau est dans un drôle d'endroit : « Salut.
- Salut, Sal – Paco a l'air triste.
- Salut – Mil sourit.
- Je sais pas si on s'est tapé une sale cuite ou quoi mais j'ai l'impression d'avoir chié sur le tapis, hier.
- Non, t'inquiète pas, le tapis va bien, m'assure la gsène.
- Ça va, t'es de retour ?, Paco semble verser une petite larme et se précipite vers moi pour me prendre dans ses bras, je ne peux pas passer à côté de son avant-bras dépourvu de main.
- Putain, Paco ! C'est quoi ça ?
- Ces cons ont essayé de me bouffer... Mais t'inquiète, j'ai de quoi limiter la merde et je m'en ferai poser une nouvelle quand on reviendra sur la première planète.
- Mouais... », ils finissent par m'expliquer mon intoxication, l'arrivée des garagistes cannibales et mon installation dans le frigo : « Ils pensaient que t'étais mort !, termine Paco en se marrant.
- Ouais...
- Et bam, bam, tu les as dégommé !, le lézard mime la scène en imitant un flingue avec sa main valide.
- Bordel...
- Bon, heureusement, à part être des cannibales, les gars devaient en effet réparer des navettes car j'ai trouvé les pièces de rechanges dont on avait besoin. J'ai fait ce que j'ai pu et je pense que ça devrait le faire. On peut repartir vers la troisième planète.
- T'as fait ça avec une seule main ?
- J'ai eu un peu d'aide..., je me tourne vers Mil, Non, non... Un des garagistes s'est fait pardonner à coups de pieds au cul.
- Il est...
- Je lui ai bouffé la gueule. », en posant mes mains sur mon pantalon je vois que j'ai un beau flingue à la ceinture : « Mais... C'est mon flingue ?
- Ouais, c'est avec ça que tu les as niqué.
- Mais... Je veux dire, c'est le mien ? Celui que j'avais perdu.
- T'es sûr ?
- Ben, ouais, je crois. », personne ne réagit et je finis par m'installer aux commandes pendant que Paco ouvre le sas de dépressurisation. On se retrouve à nouveau dans le néant, le radar nous indique la troisième planète et nous filons le plus rapidement possible de cet endroit.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire