Saison 3 Chapitre 19

CHAPITRE 19

Je m'allume un joint, Paco et Mil sont retournés dans la chambre... Je me retrouve à nouveau seul face à l'espace et cela ne me plaît que moyennement. Je veux dire, on est en mission, il y a des choses sérieuses dont il faut s'occuper, aller baiser alors que la crise est maximale... Et laisser, en plus de ça, un ami dépressif dans la solitude la plus profonde, à quoi pensent-ils ? Nous ne sommes pas du tout dans le même état d'esprit et j'essaye de prendre sur moi mais il va arriver un moment où je ne pourrai plus masquer ma désapprobation. Je vois une étrange forme se dessiner sur le radar, rien de reconnaissable. Si la diode prouvant bien la présence d'un objet dans le secteur ne s'était pas allumée, j'aurais pu penser à une tâche de graisse sur le moniteur. Une tâche passant de quelques mètres de longueur à l'imposante taille d'une ville... Le matos doit déconner. Après tout, j'ai entre les mains une carcasse réparée à l'aide d'outils cannibales... Le tout entre les mains d'un lézard-robot manchot et de son assistant – certainement peu motivé. De toutes les manières, l'objet devrait passer dans le champs de vision du vaisseau sous peu. Nous serons fixés. Enfin... Je. Le joint terminé est rapidement remplacé par un autre, légèrement plus gros. Au loin, j'aperçois un étrange halo. Telle une lumière blanche se brisant sur un prisme, celle-ci se fractionne sur la vitre d'observation principale et plonge la salle des commandes dans un ballet de couleurs. Les changements sont organiques, partiels, peu compréhensibles. Il est clair que mes yeux ne sont pas adaptés à la complexité de ce spectacle. Même si l'évidence de la correspondance avec l'objet du moniteur est puissante, je décide de jeter un coup d’œil à ce dernier : plus rien, la forme a disparu. Il ne faut pas rester seul dans ces moments de tension extrême : « Paco, Mil ! Bougez vos culs. On a un... Euh... Problème ? ». La lumière se rapproche et je comprends qu'elle vient d'un morceau de roche assez balèze, peut-être deux fois plus gros que le vaisseau. Je reconnais quelques cratères qui s'avèrent être en fait les sorties de galeries profondes et communicantes. Les deux cons apparaissent par le sas et je vois leurs gueules balayées de rouge puis de jaune, sans que cela ne puisse plus les déranger que mon cris de tout à l'heure : « Qu'est-ce qu'il y a Sal ?
- Ben, putain, regarde autour de toi.
- Ah... Ouais. J'avais pas vu que ça venait du caillou. Je croyais que c'était tes lampes.
- Ben merde – Mil s'avance vers moi et observe la roche brillante.
- C'est un Appel, dit-elle.
- Un appel ?, demande Paco en s'installant dans un canapé, joint au bec.
- Non, un Appel, insiste t-elle.
- Qu'est-ce que c'est que ça, bordel de merde ?
- C'est un être qui inspire les personnes croisant sa route.
- C'est quoi ces conneries ? C'est un monstre ? On lui tire dessus ? On a une chance de le niquer ? Donne nous de vraies infos, bordel.
- Calme-toi Sal, la défend Paco.
- Non, Sal, ce n'est pas un monstre. C'est un privilège d'en voir un.
- Ah...
- En fait, nous en voyons tous les soirs sur la première planète. Mais ce n'est pas la même chose. Ici ils sont libres, puissants, beaux.
- Les lumières de la première planète, c'est un de ces trucs ?, Paco ne dit rien et fume son joint tout en regardant quelques fois le cul de la gsène.
- Oui, les Valmériens ont réussi à en installer sur leur planète et à les contenir pour qu'ils ne puissent jamais partir.
- Des gsènes comme les autres, alors.
- Oui, exactement.
- Bon, ben on prend un peu de couleurs dans la gueule, histoire d'avoir les divins avec nous et on se casse de là.
- Mais ceux sont des gsènes particuliers, ils ne vivent pas dans notre dimension et ils ne viennent que...
- J'en ai rien à branler, Mil. Vraiment, je veux dire. On se casse de là et vous allez arrêter de baiser dans mon dos. Je suis en dépression bordel. Au fond du trou. Attrapez des joints, mettez-vous dans un canap' avec moi et on se racontera des conneries en bouffant des fraises. Les dimensions, la baise sectaire,... – j'indique l'infinité relative en époussetant le vide d'une main pour qu'ils comprennent bien que je n'ai pas le temps de faire d'énumération sérieuse – Oubliez tout ça. On est en mission. ». Les regards sont fuyants, comme habitués à une forme de dé-raison particulière à mon espèce. Je me retrouve à nouveau seul aux commandes. J'aurais vraiment tout tenté. L'Appel est toujours là, j'allume un pétard. Je me demande ce qu'il se passerait si je lui tirais dessus : ce n'est que de la lumière après tout. Le temps que je me décide, le truc est dépassé et je laisse tomber l'idée. Autour de nous aucun indice logique mais une forme de sérénité propre aux domaines de l'infini. Comme ce moment suspendu en l'air, quand la balançoire termine sa course et s'apprête à commencer une autre dans le sens inverse. On se sent tirer vers l'avenir tout en ayant la certitude que cet instant là est choisi par les mutants omniscients pour passer un coup de balais sur le réel. Un temps infime, lourd de sens, où les flèches se croisent, s'annulent, s'alignent puis reprennent leurs banalités. Seulement, ici, l'échelle des valeurs semble différente, les flèches sont alignées de puis bien longtemps et nous n'attendons qu'une chose : la chute violente, le retour à la réalité, une reprise de la course. Le radar fait de son mieux mais je vois bien que mathématiquement, nous ne sommes pas encore dans le dernier tiers de l'attente. La troisième planète n'est pas encore visible. Le sas derrière moi s'ouvre et j'entends les pas feutrés de Mil se diriger vers moi. Je ne me retourne pas et ne peux que deviner qu'elle vient de s'installer à côté de moi : « Paco s'est endormi... – elle a l'air contrarié – On en est où ?
- Il nous reste encore pas mal de route », en prononçant cette phrase je jette un coup d’œil à la meuf et mon cœur s'arrête net. Mil est à poil et me regarde l'air malicieux. Bordel si seulement je pouvais être sûr de ne pas perdre ma bite à l'intérieur : « Mais t'es à poil ?
- Ah... Oui, pardon. Je n'ai pas pensé à mes habits.
- Non, non, c'est bon.
- Tu veux que j'aille m'habiller ?
- Tu rigoles, je suis un esprit libre. », je mets le vaisseau en mode automatique et m'installe sur un canapé, ayant toujours un œil sur le tableau d'alertes. Mil m'a suivi. Je grille un joint. Après tout, la gsène m'a déjà tenu la main... Ma bite ne risque pas de se décomposer à son contact. Je suis sûr que les tensions s'apaiseraient rapidement après une branlette spatiale. Je fume quelques joints, parlant rapidement de ces Appels dont, au fond, la disparition ne m'ennuieraient pas plus que ça et commence à déboutonner mon pantalon : « Drôles de créatures, en fait !, un sourire spermal se dessinant sur mon visage.
- Oui... Les Appels sont de merveilleuses créations. Nous en avons beaucoup plus dans mon système solaire que dans cette région. Celui que nous avons vu était encore jeune, si tu pouvais voir les anciens, tu serais émerveillé.
- Génial, mon pantalon est à mes pieds et je commence à enlever ma chemise aux motifs fleuris dessinés à la main.
- Tu te mets nu ?
- Oh, tu sais s'il n'y avait pas Paco dans le vaisseau je serais à poil tout le temps.
- Ah... Mais tu pourrais lui en parler, je ne suis pas sûr qu'il soit contre.
- Je préfère pas que tu abordes ce sujet avec lui.
- Ah..., je termine mon œuvre et Mil contemple naïvement ma teub. », cette situation est particulière. Je n'ai jamais beaucoup traîné avec d'autres gsènes mais le fait de pouvoir agir de façon complètement libre, d'être le représentant d'une espèce unique qui n'a pas le poids de ses semblables sur le dos est plutôt intéressant. Même si on ne peut s'empêcher de comparer et d'analyser sur des bases connues, il reste tout de même une puissante forme de compréhension et d'empathie. Deux millions d'années d'évolution en moins, leur foyer éloigné de plusieurs milliards d'années-lumières, deux êtres à poil et enfermés dans le même espace se retrouvent au même degré de lecture : « Pas très impressionnant mais ça marche bien.
- Pardon ?
- Tu regardes pas ma bite ? », derrière nous le sas s'ouvre et Paco fait irruption. Il a un pantalon mais pas de haut. Quand il nous voit à poil dans un canapé : « Ah ! Mais c'est bien ça ! ». Je retourne aux manettes de l'appareil quand le lézard-robot exhibant sa bite rétractable s'installe dans le canapé avec nous : « Hé, Sal ! Où tu vas ?
- Faut bien que quelqu'un conduise.
- Arrête, on est au milieu de rien, viens avec nous. Ça fait longtemps qu'on a pas pris le temps de se poser tous les trois.
- Ouais... », j'allais signaler qu'il aurait été possible de le faire toutes les fois où les deux étaient en train de baiser mais le truc aurait été trop facile à balancer. Mil m'encourage : « Sal ! Viens ! Fais pas la tête.
- Je ne fais pas la « tête »...
- Alors viens.
- Bon... », je me lève avec une main posée sur l'Engin et m'installe dans le canapé, jambes croisées. Paco me passe un joint allumé : « Au fait, t'étais pas censé dormir, toi ?
- J'ai un peu dormi mais... Boarf, je sais pas, répond le lézard.
- Ouais... Un sixième sens sûrement.
- Hein ?
- Non, rien. », Mil propose un jeu, apparemment très populaire d'où elle vient. Nous devons nous mettre au sol en cercle, assis en tailleur, les mains en l'air, paumes vers le haut, comme signifiant une ignorance comique. La gsène doit raconter une histoire et quand elle prononce le nom de quelqu'un présent dans la pièce, il faut commencer à chatouiller la main de la personne se trouvant à notre droite. Le premier rire signifiant la défaite. Le handicap de Paco l'oblige à chatouiller et être chatouillé avec la même main... Une sorte de « barbichette-tapette » version Égyptienne et sans tapette. Après quelques tours, j'explique que jamais personne ne pourra me faire rire en me chatouillant le dos de la main. Mil prend ça pour un défi. Après seize parties perdues par la gsène, Paco essaye de se coucher au round suivant. Son rire est immonde et malgré sa bonne volonté, je ne peux retenir un soupir de mépris. Après trente-huit défaites Milienne et quatre affreuses séances actor-studio initiées par Paco, on finit par m'attribuer la victoire. Je reprends les manettes du vaisseau et m'allume un joint. Quand les deux finissent par rejoindre la chambre, je récupère rapidement mes fringues et retrouve une décence laissée à l'abandon beaucoup trop facilement. La route continue et je finis par apercevoir notre objectif : la troisième planète. C'est une grosse boule verte nuageuse. Je prends le micro et ma voix résonne dans le vaisseau : « Rhabillez-vous et ramenez vos culs ici, objectif en vue, les cons ! ». On est tous les trois face au point d'observation : « Sal, tu sais où on doit se poser ?
- Je sais où on ne doit pas se poser. Le radar a repéré les points de contrôles Valmériens les plus proches. Après, il ne nous restera plus qu'à survoler la planète en espérant capter des signaux suspects, l'Ordre est quelque part là-'dans, j'en suis persuadé. Ça peut prendre du temps... Mais on finira par les trouver, c'est clair.
- Ça marche.
- Par contre, il y a une putain de barrière de protection avant d'arriver dans l'atmosphère.
- On m'a dit qu'il y avait plusieurs brèches.
- Sûrement mais elles sont impossibles à localiser.
- T'es sûr ?
- Ben, j'en sais rien, tu sais comment les localiser, toi ?
- Non, non.
- Ben voilà, moi non plus.
- On va foncer dedans, alors ?, demande la gsène.
- Ouais. », après quelques minutes de silence, on arrive au niveau de la barrière, le choc est inévitable. Notre vitesse devient quasiment nulle et nous ne pouvons qu'assister à la lutte de notre bouclier contre l'énorme paroi. Les compteurs s'affolent, le vaisseau est très pessimiste... Il faut dire que ses capteurs n'ont certainement pas été fait pour quantifier ce genre de phénomène. Mes yeux ne supportent plus la lumière dégagée ; cependant, et malgré ce que la physique voudrait, j'entends clairement les terrifiants crépitements énergétiques. Sur le moniteur, je vois que le vaisseau a maintenant bien avancé, une brèche assez large nous permet de nous faufiler centimètre par centimètre. Mais est-ce bien raisonnable ? En tirant un peu sur mon joint, je commence à comprendre la merde dans laquelle on est : notre protection pourrait lâcher à n'importe quel moment. La moitié du vaisseau serait envoyée dans le néant et l'autre s'écraserait sur cette foutue planète. « Sal ! La jauge du bouclier est quasiment vide. », je balance tout ce qui est disponible vers notre ami énergétique et les lumières de la salle s'éteignent remplacées par les quelques loupiotes de secours. Nous sommes presque passés mais la jauge se vide trop rapidement. Soudain, un énorme fracas : notre protection a disparu et nous sommes propulsés en avant comme une vieille capote inutile. Toutes les lumières d'alertes s'allument, la barrière protectrice a coupé l'arrière du vaisseau. Il ne nous manque qu'une si petite partie... Mais dans ce genre de situation, le moindre signe de générosité envers l'univers peut s'avérer fatal. Le vaisseau est incontrôlable... Et sans bouclier, la carcasse commence à sérieusement chauffer. J'attache ma ceinture et conseille aux deux cons de se foutre dans un canapé muni de la même sécurité. Je redresse le nez du machin, stabilise sa rotation et essaye de viser la zone avec le moins d'arbres possible. On glisse sur deux gros kilomètres, bousillant tout sur notre passage. Moins de casse que je l'imaginais, j'agrippe le micro toujours en état de marche : « Mesdames, messieurs, la putain de troisième planète. ».

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